VOYAGES EN EQUILIBRE...

En Afrique du Sud j'ai emporté deux livres dans ma valise...

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South Africa road trip...

 

 

Le premier, "La Mort selon Turner", est un roman policier de Tim Willocks.

 

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L'action se passe de nos jours en Afrique du Sud dans la région du Cap.

De jeunes blancs viennent se divertir et se saouler dans les bas fonds d'un township.

Lorsqu'il reprend le volant, le jeune afrikaner ne se rend pas compte qu'il percute une jeune noire, tandis que ses amis témoins de l'accident décident de fuir sans rien dire, le laissant abandonner la victime sur le parking.

 En découvrant le corps mutilé de la jeune femme, Turner, un policier noir de la Criminelle, décide de retrouver coûte que coûte les auteurs de ce crime... C'est plus fort que lui, cet enquêteur hors pair, au mental d'acier, qui ne montre aucune émotion, qui est devenu flic parce qu'il déteste la police, ne peut s'empêcher d'en faire une affaire personnelle, il veut que justice soit faite.

Pour cela il prend la route et traque les indices qui le mènent directement vers le Cap Nord, région reculée où règne en maître une femme devenue extrêmement riche grâce au manganèse et qui va tout mettre en oeuvre pour que son fils ne soit pas inquiété par ce stupide accident.

 

Ce livre soulève beaucoup de questions:

-Les noirs, les blancs, où en est-on après l'apartheid ?

-L'égalité des chances, le droit à la justice...

-Le pouvoir de l'argent, la famille, la hiérarchie, les amis: les rapports de force...

-La morale, la conscience, la corruption

-L'amour, le couple, la différence de couleur, la différence sociale...

-La manipulation, la peur, le courage, la lâcheté

-L'horreur, quand la quête de justice engendre la violence et la mort...

-Jusqu'où peut-on aller pour protéger ceux qu'on aime,  Est-on désintéressé?

-Jusqu'où peut-on aller pour ne pas perdre ses privilèges?

-Est-ce que l'argent donne le sentiment d'être invincible ?

-Est-ce que le fait d'agir pour la bonne cause donne tous les droits? 

 

J'ai beaucoup aimé ce livre, on se laisse embarquer dans la croisade sanglante de Turner, ce flic intègre, super intelligent, qui ne doute jamais.

Au fil des pages, on se demande sérieusement si quelqu'un va survivre à cette mission d'épuration, où s'il ne va rester que du vide. 

 

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Le deuxième livre, "L'Africain", est un récit autobiographique de J.M.G Le Clézio (Prix Nobel de Littérature en 2008).

 

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L'auteur raconte avec le regard particulier de l'enfance sa rencontre avec le Nigéria au temps des colonies Britanniques, lorsque son père y était médecin de brousse. 

Tout est nouveau pour lui, il profite d'une grande liberté dans ce nouvel espace de jeu tourné vers l'extérieur, après avoir connu le confinement des années de guerre passées en France auprès de sa mère. 

Les souvenir apparaissent tels des points de repères qui s'appuient sur de vieux clichés photographiques accompagnant le texte, comme un témoignage d'authenticité du vécu africain de son père. 

Ce père absent, qui avait choisi de rester en Afrique tandis que sa femme regagnait la métropole pour élever les enfants. Ce père sévère et solitaire devenu l'Africain...

 

Ce récit évoque la relation envoûtante que l'homme peut ressentir en vivant sur un continent encore intact qui n'a pas encore été dénaturé par le modernisme...

Le plaisir de l'aventure dans ces contrées sauvages, la passion du médecin investit d'une mission, celle de soigner, d'apporter son aide, de se sentir important, peut-être indispensable auprès des populations indigènes, en étant autonome, éloigné de l'autorité pesante de la hiérarchique et de l'administration métropolitaine...

On ressent le caractère difficile, voir sévère, de ce père inconnu devenu solitaire après avoir vécu pendant si longtemps seul, loin de sa famille...La distance physique et géographique et puis la place laissée par l'absence.

Lorsqu'il quittera enfin l'Afrique et rentrera définitivement en France prendre sa retraite, il restera comme en exil , loin de ses racines Mauriciennes.

Il n'est pas question de bonheur dans ce livre, juste d'un choix de vie du père qui sera dépassé par l'Histoire et séparé des siens par la guerre. 

L'auteur parle de faits, pas vraiment de sentiments, mais on peut se demander si sa mère a retrouvé l'homme qu'elle avait épousé après avoir été séparée de son mari durant toutes ces années...

C'était une autre époque. Une époque où la femme n'avait pas vraiment son mot à dire.

 

Le récit m'a rappelé mes propres souvenirs:

Baï, un vieil ami, qui était à l'époque des colonies inspecteur d'académie à Madagascar me racontait comment il partait dans la brousse de villages en villages visiter les écoles malgaches... C'était pour lui l'aventure, tandis que Jo sa femme l'attendait à Tuléar. Un couple charmant dont les histoires savoureuses me ravissaient.

L'image de mon père, qui avait beaucoup voyagé et que je voyais comme un aventurier...

Mon arrivée à la Réunion et l'excitation de la nouveauté pour la gamine de 11 ans que j'étais... Pour ma part contrairement à l'auteur, tout ce que je découvrais me paraissait exotique...La difficulté aussi ensuite à se réadapter socialement à la métropole...Je me souviens avoir eu du mal à fermer les volets le soir, je vivais cet enfermement comme une privation de liberté, je me suis sentie longtemps déphasée.

 

Voilà, je vous conseille la lecture de ces deux livres !

A bientôt . Corinne



01/01/2020
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